3/25/2010

Le soir 9-2-10

Loin du monde



Il y a quelque jours, des journalistes ont fait l’expérience de s’enfermer dans un gîte rural ardéchois et de ne s’informer qu’avec ce que pouvaient leur offrir les «réseaux sociaux».
Personnellement, j’adore ce genre d’expérience, j’ai l’impression qu’il y a toujours beaucoup de chose à en apprendre, comme lorsque Thor Heyerdahl navigua du Pérou à la Polynésie à bord du Kon-Tiki ou comme lorsque Michel Siffre se retira du monde et du temps durant deux mois, tout au fond d’un gouffre, pour y percer les secrets de notre horloge biologique.
L’expérience de ces journalistes étaient intéressante mais mériterait, selon moi, d’être complétée par une autre.
En effet, si cette expérience avait pour but de comprendre ce que l’utilisateur acharné de facebook ou de twitter connaît du monde, sorte de héros à la Douglas Coupland observé au microscope, je proposerais moi, l’expérience de vivre comme quelqu’un d’absolument normal.
Quel est la vision du monde de quelqu’un d’absolument normal ? Quelques bribes d’information attrapée au vol, le matin, passée à travers les brumes du sommeil et le bruit de l’eau qui boue dans la cafetière électrique. Quelques échos tombé dans une oreille distraite, quelques lambeaux d’information arrachés pendant qu’on houspille les enfants pour qu’ils mettent leur chaussures, «allez, allez, vous allez être en retard ! où sont les cartables ? N’oubliez pas le pic nic...»
Plus tard, peut être, une rapide discussion avec des collègues autour de ce qu’on aura entendu c’est le moment des «on dit», des «il paraît», des «à mon avis» ou des «je parie que...», peut être aussi, le bref survole d’une page Google News : un fait divers, une catastrophe, une rumeur, une déclaration, une photo volée, une starlette au régime côtoie un cadavre haïtien...
Plus tard encore, crevé, lessivé, le cerveau rendu poreux par l’épuisement, tout juste capable de regarder «un dîner presque parfait», il y aura sans doute avec la nuit et la vaisselle quelques instant de fin de JT où l’on parle de sport, où l’on fait un peu de promotion pour un film coproduit, fin sur l’image du jour, conclusion avec un débat sur le harcèlement au travail où l’impact du car tunning sur la vie de couple. Une tisane au lit et tchao, à demain.
Elle est là, sans doute, la réalité de notre vision du monde. Des morceaux éparpillés d’une réalité sans bruits et sans fureur mais qui ne signifie de toute façon rien. Un jeu confus d’émotions en désordre lâchée sur nous à la manière d’une petite averse d’octobre : de celle qui mouille toujours un peu, qui gène de temps à autre mais dont fini toujours par sécher.

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