3/25/2010

Le soir 1-3-10

Sacré Cause




"Je défendrai notre nation et sa cause qui est juste et sacrée" à déclaré Radovan Karadzic lors de la reprise de son procès à la Haye. Plusieurs fois modifié (deux fois en 1995, en 1996, en 2000 et en 2008) l’acte d’accusation est assez complexe et s’articule autour d’un concept juridique portant le nom d’ «Entreprise Criminelle Commune Globale» (ECC Globale). En gros, on sait de quoi il en retourne : Radovan Karadzic, anciens psychiatre est accusé de «génocide, de persécution, d’extermination, de meurtre, d’expulsion et d’actes inhumains».
Evidemment, comme toujours, les vocabulaire du droit possède cette étrange propreté, cet aspect clinique. C’est normal, il cherche à cerner, à définir et à préciser. Il se méfie de l’émotion qui brouille le jugement.
L’émotion, justement... Je me souviens de ces témoignages que l’on pouvait lire au milieu des années nonante, ces histoires d’exécutions sommaires, de tortures, d’humiliation et de viol. Sans doutes qu’avec l’ouverture du procès, tout ça va encore ressortir, tout cela sera exposé sur la table d’examen, sous la lumières crues de la salle d’autopsie.
Comme à chaque fois, comme sur les photographie de la sinistre brochette en noir et blanc de Nurenbergh, comme sur les images des rwandais Jean-Paul Akayesu, ou de Jean Kambanda, comme sur les images de «Douch» l’ancien directeur de la prison khmer, comme sur les rares portraits des tortionnaires chiliens de la villa Grimaldi, comme sur le visage jovial de Lynndie England et de Charles Graner se faisant photographier devant un empilement de prisonniers nus d’Abu Grahib... Comme à chaque fois donc, on ne pourra s’empêcher de scruter le visage et le regard de l’accusé comme si on y cherchait une réponse au mystère flou du mal, comme si on en revenait pas que les crimes commis n’ai laissé aucune traces sur ces visage, comme si il ne s’agissait que d’un peu d’eau ou un peu d’air et rien de plus.
Comme à chaque fois, entre le dégoût et l’horreur, on se reposera les éternelles questions sur la nature humaine, sur la relativité du bien, sur les «condition d’émergence» du mal. On se souviendra de l’expérience de Milgrame et de celle de Stanford
Comme à chaque fois, on arrivera à la même conclusion : il n’y a pas de «nature humaine», il n’y a qu’une infinité de crapules potentielles qui attende la bonne occasion pour se manifester.
Comme à chaque fois, ça ne nous empêchera pas de dormir.
Et qu’on aie dormis comme ça, comme à chaque fois, ce sera bien la preuve que de cette collection de crapules, nous en faisons tous un peu partie.

1 commentaires:

P-P a dit…

Et le seul moyen d'en faire un peu moins partie, c'est sans doute d'en être conscient. Assez conscient pour avoir peur de ce dont on est capable. Assez conscient pour être vigilant.