Shoe Post
Attention, ça va vite : d’abord il y a Georges Bush, un américain qui n’est ni encore tout à fait un président, ni tout à fait un ex-président, disons un Texan qui a eu de la chance. Et puis, il y a un journaliste Irakien en Irak, un pays où il y a une sale guerre où des hélicoptère Appache mitraillent des hommes désarmés, où des barbus à moitiés fou en égorgent, justement, des journalistes, où des gosses posent des bombes sur des marchés noir de monde, où ça torture, où ça estropie, où ça pend et où la violence semble avoir remplacé la raison pour un moment.
Il ne s’est rien passé de vraiment incroyable, l’autre jour, lors de la conférence de presse que tenait le Texan et où il n’avait pas grand chose à dire. Il ne s’est rien passé de plus incroyable que ce qui se passe de temps en temps chez moi, quand la petite de trois ans rentre en douce dans la chambre de la grande de sept ans pour lui piquer une «Groovy Girl» : on s’est jeté des truc à la tête, pas du lourd, pas du contondant, pas de l’explosif, non, de la chaussure.
De la bête chaussure.
Ce qui est toujours intéressant, quand on a ce genre d’image, c’est de regarder ça attentivement, au ralentis.
Pour bien comprendre.
D’abord, le Texan, il est comme d’habitude. Il est cool, il sert les mains à la manières d’un joueur de basket qui vient de mettre un panier, pas de problème.
Et puis, un homme se lève, crie quelque chose dans une langue que je ne comprend pas et jette sa première chaussure.
Beau lancé, droit, très baseball. Ca sent l’entraînement.
Qu’on l’aime ou pas, le sportif ne pourra s’empêcher de saluer la très belle esquive du Texan. Nombres d’hommes plus jeunes ne pourraient se vanter d’avoir des reflex aussi affûté. D’un geste vif et sans perte d’équilibre, le tronc s’incline sur la gauche et puis revient en place. Le lanceur envoi aussitôt sa seconde chaussure, un lançé nettement moins précis, on sent l’aigreur et le dépit d’avoir raté son premier coup. Le Texan lui aussi réagit moins, un moulinet avec les bras, une grimace, plus le geste d’un homme qui se noie que celui d’un homme qui esquive, si il y avait eu une troisième chaussure, nul doute qu’elle aurait atteint sa cible.
Et puis, le lanceur, disparaît.
J’ai mit du temps à comprendre comment le lanceur se cassait la figure. Si on avait été dans un film, un agent de sécurité habillé en noir lui aurait fait un «kokyu nage» rapide et silencieux.
Mais dans notre monde réel, un gros type est arrivé par derrière pour lui agripper le pantalon.
Il faut bien regarder les images au ralentis pour s’en apercevoir.
Une prise digne d’une heure de psychomotricité en première maternelle
Et puis d’autres gros types sont arrivés pour se mettre en tas, sur lui, un peu comme une mêlée au rugby, mais en plus maladroit.
Et puis de journalistes ont pris des photos.
Et puis le tour du monde à commencé.
En quatre vingt seconde.
Comme quoi le pouvoir et le ridicule ne sont jamais très éloigné.
Et la réalité manquera toujours cruellement d'élégance.
2/13/2009
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